L’Ibérique qui a conquit le monde

Il est petit, mignon, avec de grandes oreilles et il décampe à toute vitesse quand un danger menace : voici le lapin comme on le nomme en français.
Originaire de la péninsule ibérique, le lapin commun, ou lapin de garenne a conquis une grande partie de l’Europe, jusqu’à l’Oural puis le monde, franchissant les mers. Il fait aujourd’hui des ravages dans la lointaine Australie. Seul animal domestique originaire d’Europe, il fut élevé pour sa peau, sa viande et ses qualités cynégétiques : les garennes étaient des espaces semi-sauvages et clôturés où les lapins étaient élevés et qui servaient à la chasse. Domestiqué, il est devenu de toutes les couleurs et de toutes les tailles : du géant des Flandres et ses dix kilos au petit lapin nain de compagnie.

Cette conquête mondiale se retrouve sur le plan linguistique à travers toutes les langues latines, voire plus loin : le lapin latin a fait des bonds jusque chez nos cousins germains.

Commençons par la racine. Son nom officiel et savant est Oryctolagus cuniculus ; oryctolagus ou le lièvre (lago) fouisseur (orycto) en grec, car contrairement à son cousin le lièvre, qui a de plus grandes oreilles et de plus grandes pattes, il fait des trous et des terriers. Mais son nom grec n’a pas vraiment eu de suite, c’est juste une dénomination savante. En revanche, le mot latin cuniculus qui viendrait lui aussi de la péninsule ibérique va faire florès... après simplification. Seul le mot spécialisé et technique de cuniculture a gardé le mot à peu près intact : un cuniculteur n’étant rien d’autre qu’un un éleveur de lapin.

Partons du vieux français : avant le XIIe siècle, le conil ou connil ou connin - les orthographes varient beaucoup - est au lapin ce que le goupil est au renard, autrement dit le nom vernaculaire de l’animal. On y retrouve le cuniculus latin, mais du « culus » seul le L a subsisté et le U est devenu un O.

Les différentes prononciations dérivées de cuniculus

Une transformation similaire a eu lieu dans toutes les langues latines ou à peu près. En Catalan, le lapin s’écrit conill mais se prononce de la même façon - avec un O qui tend sur le OU - que le mot français conil mais les deux LL vont se "mouiller" légèrement - surtout en passant au féminin conilla ; en occitan, conilh. On est donc très proche à la différence que le LH se prononce légèrement ye (comme dans vanille). Les autres langues ont gardé les même sons mais ont ajouté un O final. Les Aragonais, voisins des Catalans, disent donc coniello ; ce qui est à eu près la même chose qu’en italien, coniglio mais il faut alors se souvenir qu’au delà des Alpes, le son LL s’écrit GLI. Même chose en Corse où l’animal se désigne sous le nom de conigliulu.

Dans sa péninsule d’origine, le mot a subit quelques transformations plus poussées encore. Les Portugais ont préféré raccourcir encore le mot, tout en gardant le O final, plus ou moins prononcé. Le cuniculus y est devenu coelho. Comme en occitan, le son LLE s’écrit LH en portugais. Et, au passage, on remarquera que le nom de l’écrivain brésilien Paolo Coelho, se transcrit de façon amusante par Paul Lapin - et comme Paul signifie petit en latin, c’est donc un nom tout mignon ; mais qu’il vous est désormais interdit de prononcer à la française Paolo Couélo...

Juste à côté des Portugais, la langue rauque des Castillans a transformé le LL en la fameuse jota : le J qui se prononce comme un R écrasé entre deux cailloux. Lapin se dit donc conejo.

Venu d’Ibérie avec l’animal, le mot ne s’est pas arrêté aux langues latines. Il a continué son petit bonhomme de chemin au fur de la progression de l’animal. Ainsi, on le retrouve en vieil anglais sous la forme de cony ou coney qui n’est rien d’autre que le connil français sans le L. La fameuse île de Coney Island où les New-yorkais vont s’amuser n’est rien d’autre qu’une île aux lapins ! On le retrouve de l’autre côté de la mer du Nord, sous la forme de konijn en néerlandais. En suivant sa route vers l’Est et vers le Nord, le O s’ouvre et devient un A. Lapin se dit kanin en danois, en suédois, en norvégien et kaninchen en allemand...

Le lapin en roumain

Seuls le français et le roumain ont choisit d’autres voies. En français, le conil est très vite devenu le « lapin » pour des raisons de consonances malheureuses avec le "con", ce qui permettait toutes les grivoiseries possibles... Seulement, l’origine du mot est obscure. Il se référerait au mot lappa du vieil ibérique qui désignait une pierre plate. Ou bien au Lepus leporis latin qui désigne le lièvre... et que le roumain a adopté : le lapin se dit iepure en Roumanie. Le L est devenu une sorte de I mouillé proche du J. On voit l’évolution avec le même mot en Istro-roumain, une langue roumaine parlée dans quelques villages Croatie, où le mot se dit l’epure.

À noter que les Anglais ont fait la même chose que les Français et sont passés au mot rabbit, dont l’origine n’est pas plus claire...

1ère conférence-atelier d’intercompréhension

Mercredi 14 juin 2017, à 19h, venez découvrir gratuitement les techniques d’intercompréhension entre les langues latines.

Mercredi 14 juin 2017, à 19h, se tiendra la première mini-conférence de présentation des ateliers d’intercompréhension des langues latines à l’Espace Krajcberg, Chemin du Montparnasse, 21 Avenue du Maine, Paris 75015.

Lors de cette conférence, qui sera animée par Pierre Janin, président de l’Association pour la promotion de l’intercompréhension, vous pourrez vous familiariser avec les techniques qui seront ensuite développées dans des ateliers réguliers dès le mois de septembre.

Le nombre de places étant limité, merci de vous inscrire gratuitement ci-dessous.

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